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04-21 OCTOBRE / 29 OCTOBRE - 1er NOVEMBRE 2021

Vous trouverez ci-dessous :

  • une vidéo de l’échange enregistré avec François Moutou, vétérinaire, épidémiologiste, ancien directeur adjoint du laboratoire de santé animale de l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire), retraité
  • une sélection de questions-réponses bonus (posées par les élèves).

Détails des chapitres :

1. Qu’est-ce qu’un épidémiologiste ?
2. Sondage : à votre avis, existe-t-il en France des laboratoires qui étudient des virus dangereux comme en Allemagne ?
3. Quelles études avez-vous faites pour devenir épidémiologiste ?
4. Pourquoi ne pas endormir les animaux pour les tester plutôt que de les tuer directement ?
5. Pourquoi teste-t-on sur les animaux ?
6. Comment a évolué la recherche sur la peste porcine africaine depuis la diffusion du film ?
7. Est-ce qu’un.e scientifique est déjà mort dans votre institut à cause d’une expérience ?
8. Qu’est-ce qui motive les scientifiques à faire ce métier ?

 

9. Sondage : à votre avis, réussirons-nous à trouver des solutions face aux risques d’épidémies, épizooties et pandémies ?
10. Y a-t-il un rapport entre les différents virus abordés dans le film ?
11. Pourquoi porter une combinaison gonflable ?
12. Est-ce que les expériences menées sur l’île peuvent conduire à la création d’un nouveau virus ?
13. Comment de nouveaux agents pathogènes peuvent apparaître ?
14. Pourquoi les moustiques ne sont-ils pas affectés par les virus ?
15. Quel est le salaire d’un épidémiologiste ?
16. Est-ce que les mutations des virus risqueraient de nous empêcher de vivre sur Terre ? Est-ce que nous allons assister à l’apparition de nouveaux virus liée à la fonte des sols gelés en Russie ?
17. A partir de quel moment pouvons-nous dire qu’une pandémie est finie ?

Questions bonus à François Moutou

Les humains peuvent-ils transmettre des virus aux animaux?

Oui, c’est possible. L’expérience de la Covid 19 l’a démontré. Le virus (SARS-CoV-2) est certainement d’origine animale, même si son cheminement jusqu’aux humains n’est pas encore connu. Ensuite, certains humains malades de la Covid ont contaminé leurs chats ou leurs chiens. Les chats peuvent faire un léger « rhume » mais guérissent rapidement. Les chiens sont encore plus résistants. C’est vrai avec d’autres virus comme les herpès-virus.

Que se passe-t-il si nous mangeons un morceau de viande contaminée par la peste porcine africaine (PPA) ? Est-ce qu’en mutant, la PPA peut affecter l’humain de manière grave ? Si oui, comment ?

Le virus de la peste porcine africaine ne peut contaminer que les suidés, c’est-à-dire les animaux de la famille du cochon, soit les sangliers et les espèces africaines comme les phacochères. Ce virus ne peut pas contaminer d’autres mammifères donc ne peut pas contaminer les humains. On peut manger de la viande porcine sans crainte vis-à-vis de ce virus qui ne nous menace pas. 

Pourquoi la PPA tue les cochons et les sangliers européens et pas les africains ?

Le cochon est la forme domestique du sanglier. Le sanglier habite naturellement toute l’Europe sauf les parties les plus froides et toute l’Asie sauf une partie de la Sibérie et les zones tropicales. En Afrique, il n’y a de sanglier qu’au nord du Sahara (essentiellement au Maghreb). Au sud du Sahara, il n’y a pas de sanglier et il n’y avait pas d’élevages de cochons avant l’arrivée des européens. Le virus a été découvert car il a rendu malades les cochons importés dans les pays d’Afrique.

Les phacochères peuvent héberger le virus mais ils ne sont pas malades. On pense que c’est parce que les phacochères et le virus de la PPA ont évolué ensemble depuis très longtemps et qu’ils savent cohabiter. Inversement, les porcs européens ne connaissaient pas le virus quand ils ont été installés dans des porcheries en Afrique assez récemment. Ils sont tombés malades à son contact.

Les analyses sur les animaux ne se font-elles qu’à partir des tissus ?

Les analyses peuvent se faire sur le sang (qui est un tissu liquide) ou sur d’autres tissus (muscles, os, tissu nerveux..). On peut aussi faire des examens cliniques, écouter la respiration, prendre la température, peser un animal malade.

Comment choisissez-vous les animaux sur lesquels vous faites des expériences et tester des virus ?

En fonction de la maladie, il existe plusieurs modèles possibles. Les souris sont petites, se reproduisent vite et sont faciles à manipuler. On peut les utiliser pour commencer mais on ne sait pas tout de suite si le modèle sera pertinent, c’est-à-dire, si il permettra de répondre à la question posée. S’il s’agit d’une maladie de chat, on travaillera (pour trouver un médicament, trouver un vaccin) avec des chats. S’il s’agit d’une maladie de cheval, il faudra tester sur des chevaux mais on peut faire les premiers essais avec des souris.

Pour une maladie humaine, on peut aussi commencer avec des souris. On sait aujourd’hui que les furets sont de bons modèles pour des maladies respiratoires comme la grippe. Quand une maladie est nouvelle (Covid 19), on cherche quel animal serait adapté.

Quelles sont les limites des expériences sur les animaux ? Existe-t-il d’autres alternatives que de tester sur les animaux ? Existe-t-il des solutions à envisager pour arrêter les tests sur les animaux ?

Les limites des expériences sur les animaux existent quand l’animal n’est pas celui chez lequel la maladie étudiée existe. La maladie de Carré du chien peut être étudiée avec des souris mais il faudra valider les données (pour un nouveau vaccin par exemple) sur des chiens avant de commercialiser le nouveau vaccin. Quand il s’agit d’une maladie humaine, il faut passer du modèle animal au modèle humain avec prudence.

Les méthodes de substitution utilisent des cultures cellulaires ou des « organoïdes », c’est-à-dire des constructions en 3 dimensions qui miment un organe en miniature. Néanmoins, on ne peut pas tout évaluer sur des cellules. Tester un antidouleur sur des cellules n’est pas encore faisable.

L’Union Européenne recommande de continuer à chercher et à utiliser des méthodes substitutives aux expérimentations animales.

Pourquoi ne pas pucer certains groupes d’animaux pour observer la propagation des virus et trouver une solution adaptée ?

Cela dépend si la question concerne des animaux sauvages ou des animaux domestiques dans un élevage. C’est plus facile dans un enclos qu’en pleine nature. Quand on capture un animal sauvage pour l’étudier, on le marque avant de le relâcher pour le reconnaître et l’identifier ensuite, avec un collier, une bague à l’oreille ou une puce, selon l’espèce et le contexte. Pour suivre un virus dans un effectif, il faut que tous les animaux du groupe soient identifiés et il faut les suivre de près pour savoir qui est malade, qui ne l’est pas, et quand, puis, quel traitement est efficace, lequel ne l’est pas.

Quelles sont les conditions nécessaires pour pénétrer sur « l’île laboratoire » / pour faire des manipulations sur les virus ?

Pour venir travailler sur l’île, il faut être invité et avoir un projet de recherche. Ce centre de recherche accueille des chercheurs d’autres pays. Pour manipuler les virus, il faut avoir une formation de virologue. Les recherches se font toujours en équipe, on ne travaille pas seul.

Comment sont stockés les virus dans les laboratoires, quelles sont les mesures de sécurité à respecter ?

Les virus sont conservés dans de petits flacons particuliers, rangés dans des congélateurs à -80°C. Les congélateurs sont fermés à clefs, dans des pièces climatisées pour éviter qu’il ne fasse trop chaud et les pièces elles-mêmes sont d’accès contrôlé. Enfin, les laboratoires de recherche ne sont pas ouverts au public et sont surveillés.

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